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In memoriam: hypodiacre Pierre Kovalevsky

L’hypodiacre Pierre Kovalevsky
(16 décembre 1901, Saint-Pétersbourg – 27 avril 1978, Paris)
In memoriam à l’occasion du quarantenaire de son décès

Il y a quarante ans ans, le 27 avril 1978, s’éteignait Pierre Kovalevsky. Certains (peut-être) connaissent Pierre Kovalevsky l’historien, professeur d’université, auteur de livres et d’articles sur l’histoire de la Russie et la spiritualité russe, d’autres (aujourd’hui peu nombreux) se souviennent de Piotr Evgrafovitch, membre actif de la vie sociale et intellectuelle de l’émigration russe en France, siégeant dans d’innombrables conseils ou comités d’organisations, l’un des fondateurs de l’Action chrétienne des étudiants russes (ACER), très proche aussi des mouvements de jeunesse Vitiaz et Sokol, responsable du système d’enseignement dans les écoles paroissiales russes de Paris, mais aussi journaliste à l’hebdomadaire La Pensée Russe où il publie pendant quarante ans d’innombrables articles, comptes rendus, notices nécrologiques. Mais, rares sont ceux encore en vie qui ont connu celui qu’ils appelaient familièrement Petia Kovalevsky, l’homme d’Eglise, dévoué au service de l’autel, et qui fut pendant cinquante-sept ans « staršij ipodiakon » à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, c’est-à-dire le responsable des acolytes (prislužniki) et des hypodiacres de la cathédrale. Pourtant, il est possible d’affirmer, sans aucun doute, que ce service d’hypodiacre à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky de Paris constituait en fait la principale raison d’être de l’historien, écrivain et conférencier.
Pierre Kovalevsky était né à Saint-Pétersbourg dans une famille d’ancienne noblesse de Petite Russie (nord-est de l’Ukraine actuelle), dont plusieurs membres s’illustrèrent dans l’Empire russe au service de l’Etat et de l’éducation du peuple. Son père, député à la Douma (Parlement), était un spécialiste reconnu de l’instruction publique et des questions religieuses, à ce titre il prit une part active aux travaux du Concile de Moscou en 1917-1918. Très tôt, Pierre et ses frères cadets, Maxime et Eugraphe, font preuve à la fois d’un grand intérêt et d’un véritable amour pour les célébrations liturgiques. Ils vont régulièrement dans les cathédrales de Saint-Pétersbourg et y observent avec attention le déroulement des célébrations, surtout quand un évêque préside l’office. Chez eux, ils organisent un coin-chapelle dans leur chambre, avec des icônes peintes par eux-mêmes, et y lisent le cycle des offices quotidiens.
En mai 1918, Pierre Kovalevsky est du nombre des acolytes qui se tiennent auprès du patriarche Tikon et du métropolite Benjamin (tous les deux aujourd’hui canonisés), lors de la visite qu’effectue à Petrograd le patriarche de Moscou nouvellement élu, un événement qui rassemble des foules immenses et qui marqua profondément l’esprit du jeune Petia. La famille Kovalevsky fuit ensuite le régime bolchevique, faisant d’abord un arrêt à Kharkov, où les jeunes frères servent les liturgies pontificales présidées par le métropolite Antoine (Khrapovitsky), un grand spécialiste de l’ordo liturgique, qui les introduit également dans les monastères de la ville, leur faisant découvrir le cycle régulier des offices monastiques. Puis, c’est l’exil définitif pour la France avec laquelle les Kovalevsky avaient déjà certaines attaches (ils possédaient une maison sur la Côte d’azur, l’éducation des enfants étaient tournée vers la culture française depuis leur plus jeune âge).
À son arrivée en 1920, la famille s’installe à Beaulieu, près de Nice, et tout de suite elle s’intègre dans la paroisse russe de Nice. Les trois frères servent au sanctuaire dans les églises de Nice et de Menton, chose tout à fait nouvelle, il était en effet à l’époque assez inhabituelle que des enfants, issus de familles nobles ou bourgeoises, viennent ainsi aider les membres du clergé dans le service liturgique. C’est là, à Nice, que, le 18 octobre (5 octobre au vieux style, fête des Saints métropolites de Moscou) 1921, l’archevêque Euloge, qui vient d’être nommé par le patriarche Tikhon pour administrer les églises russes en Europe occidentale, ordonne Pierre lecteur et hypodiacre. En 1922, les Kovalevsky déménagent dans la région parisienne, dans un pavillon de Meudon, qui resta leur foyer familial pendant un demi-siècle. Tout en finissant leurs études supérieures à Paris, Pierre et ses frères continuent leur service de l’autel, désormais à l’église de la rue Daru, qui, entre temps, a été élevée au rang de cathédrale à la suite de l’installation à Paris de Mgr Euloge, lui même promu métropolite. Il faut désormais organiser dans la nouvelle cathédrale les célébrations liturgiques suivant l’ordo pontifical, dont le rituel est à la fois imposant et complexe. C’est Pierre qui prend à cœur d’assurer cette lourde tache, une responsabilité qui nécessite de grandes connaissances liturgiques, mais aussi rigueur, précision et beaucoup de tact.
A partir de ce moment, Pierre Kovalevsky, devenu en 1926 docteur ès lettres et professeur au lycée Michelet et à l’Institut Saint-Serge, va consacrer toute son énergie à promouvoir un renouveau des ordres mineurs dans la vie ecclésiale de l’émigration. Il relate cette mission de toute une vie, avec de nombreux détails, dans ses carnets journaliers, qui constituent une chronique exceptionnelle de tout ce qui se passait à l’église de la rue Daru, des carnets dont seulement une partie a été publiée à ce jour. Il tient aussi un registre où il note les noms de chaque acolyte et les dates de leur promotion dans les ordres mineurs comme lecteur ou hypodiacre.
Car, à son exemple, et non sans son influence, des garçons des bonnes familles demandent à être ordonnés lecteur-acolyte et hypodiacre, dernier ordre avant l’entrée dans le clergé majeur. Ils assument les implications de leur ordination qui, bien que mineure, en fait des « hommes d’Église » (« cerkovnoslyžiteli »), d’ailleurs plusieurs deviendront par la suite prêtres ou professeurs de théologie. Pierre Kovalevsky rassemble ainsi autour de lui un groupe de jeunes acolytes qu’il forme et auxquels il transmet son amour de la liturgie. Outre les trois frères Kovalevsky, il y a parmi eux leur cousin Nicolas Ignatiev, Alexandre Nelidov (par la suite archimandrite), Serge Tretiakov, Michel Slezkine. Ils sont rejoints, quelques années plus tard, par une deuxième génération : Alexandre et André Schmeman, André et Jean Meyendorff, Igor Kobtsev, Georges Bibikoff, Nicolas Derevitsky, Pierre Tchesnakoff, Boris Bobrinskoy ; puis par une troisième : Constantin Andronikoff, Nicolas Tchavtchavadzé, Jean Tchekan, Nicolas Spassky et bien d’autres encore, et une quatrième, dont le signataire de ces lignes.
Avant la guerre, Pierre Kovalevsky met en place des cours d’enseignement pratique et théorique de la liturgie qui permettent de former autour de chaque église de l’archevêché, dans la région parisienne et au-delà, un réseau de clercs mineurs (acolytes, lecteurs et hypodiacres) qui s’engagent à servir lors des offices liturgiques solennelles, mais aussi aident à la construction et à l’embellissement des nouvelles églises (Saint-Serge à Paris, Clamart, Meudon, Asnières, Nice…), accompagnent les prêtres envoyés desservir les disséminés en province. Près de trois cents jeunes gens au moins ont été ainsi formés par ses soins en plus de cinquante ans. En 1936, tous sont réunis en une Fraternité (Bratstvo) des acolytes, lecteurs et hypodiacres de Saint-Alexandre-Nevsky, pour laquelle Pierre Kovalevsky dessines deux insignes distinctifs, en émail blanc et bleu (les couleurs du patriarche Tikhon), une petite croix pour les lecteurs et une grande croix pour les hypodiacres. Dans cette Fraternité de jeunes (et de moins jeunes) que Pierre Kovalevsky préside jusqu’à la fin de sa vie, la tradition d’un dévouement à l’Église et d’un souci de la beauté liturgique se transmet et demeure encore vivace chez ceux qui l’ont connu.
Dans un Bref mémo sur le service de l’autel, daté du début des années 1940, Pierre Kovalevsky expliquait de la sorte les « principes de base » qui, selon lui, devaient présider à cette véritable vocation : « 1) un respect complet des fondements de la foi orthodoxe, de l’esprit ecclésial et de l’ordo liturgique ; 2) une grande responsabilité de chacun, notamment dans le témoignage face au monde extérieur ; 3) expliquer aux membres des autres confessions chrétiennes les célébrations liturgiques dans les églises orthodoxes » (Texte dactylographié, conservé dans les archives du monastère de Chevetogne, fonds Pierre Kovalevsky, № 143). Enfin d’appliquer le troisième point de son « programme », il rédige, en 1938, un Petit guide liturgique à l’usage de ceux qui fréquentent les services dans les églises orthodoxes russes qui sera réédité à trois reprises.
Outre sa participation active aux offices et la formation des clercs mineurs, Pierre Kovalevsky était aussi très présent dans les tâches administratives au sein des organes institutionnels de l’Eglise, d’abord aux côtés du métropolite Euloge, puis de ses successeurs, le métropolite Vladimir et ensuite l’archevêque Georges Ier, tant dans le cadre de l’Exarchat, auquel il resta fidèle toute sa vie (se démarquant ainsi de la démarche ecclésiale tortueuse de ses frères, sans pour autant jamais rompre avec eux), qu’à la cathédrale de la rue Daru, dont il assura pendant de nombreuses années le secrétariat du conseil paroissial, ou encore à l’Institut de théologie Saint-Serge, où il donna des cours et conférences, sans parler de son engagement dans les relations avec les représentants d’autres confessions chrétiennes et l’organisation de réunions œcuméniques. Toutes ces activités lui prenaient beaucoup de temps, de force et d’énergie. Comme le faisait remarquer son frère Maxime, le nombre de ces manifestations, conférences, réunions en tout genre, auxquels il participa, est tellement important « qu’on à peine à croire qu’un seul homme, par ailleurs de santé fragile, ait pu les réaliser ».
Mais Pierre Kovalevsky était partout à la fois, sans cesse en mouvement, éternel jeune homme, à l’esprit toujours vif et joyeux, mais non dépourvue d’inquiétude, craignant souvent « que l’on ne fasse pas ce qu’il faut ». C’est l’une des dernières images que je garde de lui, la longue soirée précédant la nuit de Pâques, à la cathédrale, en 1977. Petia Kovalevsky est sur tous les fronts, à soixante-seize ans, il est encore là à courir vers le jardin de l’église pour aider à l’ultime bénédiction des koulitchi (gâteau de Pâques), puis le voici dans le sanctuaire, encore désert, silencieux, plongé dans la pénombre (l’office ne doit commencer que dans trois heures), allant fébrilement de droite à gauche vérifier si les encensoirs sont bien prêts, si les cierges sont en place, et le voilà déjà reparti, cette fois dans la maison du gardien, pour nettoyer les dikirion et trikirion (cierges de bénédiction propres à l’office pontifical), bref une frénésie qui ne faisait que traduire son souci de voir tout parfait pour la célébration de la liturgie de cette nuit exceptionnelle, la nuit pascale, la « fête des fêtes, solennité des solennités ».
Et puis, la dernière rencontre, l’année suivante, sa dernière visite à « sa » cathédrale, la liturgie du Jeudi Saint. Voilà de longs mois qu’il se faisait rare, malade, fatigué, tout courbé. Ce jour-là, quand on chante « A ta cène mystique fais moi aujourd’hui communier… », contrairement à son habitude, il n’était pas venu dans le sanctuaire, il n’avait pas revêtu le stikhar’ (l’aube des acolytes), il était resté assis dans la nef, près de la porte du clocher, très concentré et, en même temps, très attentif à tout le déroulement de la liturgie, il avait communié, simplement, dignement. Ce même jour, dans la soirée, il s’éteignait dans le Seigneur, alors que l’Eglise commémore la Sainte Passion du Christ. C’est dans cette même cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à laquelle il avait voué toute sa vie que ses obsèques furent célébrées la semaine suivante, la Semaine Lumineuse, au chant de l’hymne pascal : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a vaincu la mort… ».
A.N.

Ses principaux ouvrages :  Manuel d’histoire russe, Paris, 1948 ; Saint Serge et la spiritualité russe, Paris, 1958 ; Atlas historique et culturel de la Russie et des pays slaves, Paris, 1961 ; Histoire de la Russie et de l’U.R.S.S., Paris, 1970 ; Histoire de la diaspora russe (1920-1970), Paris, 1971 (en russe) ; Mémoires (1918-1922) (en russe), réd. N.P. Kopaneva, Saint-Pétersbourg, 2001; La lumière pascale rue Daru. Mémoires (1937-1948) (en russe), réd. N. Ross, Nijni-Novgorod, 2014.
Biographie sommaire : 70 ans de Pierre Kovalevsky. Bio-bibliographie, Paris, Cinq Сontinents, 1972, 98 p.; Michel Slezkine, « A la mémoire de Pierre Kovalevsky » (en russe), in: La Pensée Russe, Paris, 19.10.1978, №  3226, p. 7; Maxime Kovalevsky, « Pierre Kovalevsky (1901-1978). In mеmoriam », in: Présence orthodoxe, Paris, 1979, № 40, p. 28-32; hiéromoine Antoine Lambrechts, « Pierre Kovalevsky (1901-1978). La vie et le service de l’unité de l’Eglise » (en russe), in: Cerkov’ i vremja, Moscou, 2005, № 2(31), pp. 242-252; archiprêtre Vladimir Yagello « P.E. Kovalevskij », in: protopresbytre. B. Bobrinskoy, Saint-Serge à Paris. Histoire de l’Institut de théologie orthodoxe de Paris (en russe), Saint-Pétersbourg, éd. Rostok, 2010, pp. 362-371.

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