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HOMMAGE A PIERRE KOVALEVSKY

Il y a quarante ans décédait le professeur Pëtr (Pierre) Evgrafovič Kovalevskij (Kovalevsky ou Kowalewsky).
Un office des défunts (панихида) sera célébré en sa mémoire le Jeudi 17 Mai à 19h30, à la Cathédrale Orthodoxe Russe Saint Alexandre Nevsky, 12 Rue Daru, Paris 8e (Métros Courcelles ou Ternes, Bus 43).

Fils du haut fonctionnaire Evgraf Petrovič Kowalewsky qui fut, avant la Révolution, à l’origine de grandes réformes démocratiques dans le domaine de l’éducation, Pëtr Evgrafovič s’est fait remarquer, avec ses deux jeunes frères Maxime (le futur musicien) et Evgraf (le futur évêque Jean-Nectaire) comme acolyte (servant de “messe”) auprès du Patriarche de Moscou Tikhon. « A Petrograd, en 1918 nous étions tous les trois délégués par la Cathédrale Notre Dame de Kazan, notre paroisse, se souvenait-il, en tant que représentants de la jeune génération, lors de la venue dans la capitale du Patriarche Tikhon (Mai 1918). » Ensuite, raconte-t-il, « nous primes une part active à la vie du monastère de la Protection de la Sainte Vierge à Kharkov, en chantant et en desservant les offices. » Pëtr Evgrafovič, consacré sous-diacre (un ordre du bas clergé qui avait presque disparu depuis le XIIIème siècle), poursuivra cette expérience de service ecclésial à la tête de la Confrérie Saint Alexandre Nevsky qui rassemble à ce jour tous les acolytes servant les offices de la cathédrale russe du même nom au 12 Rue Daru dans le quartier de l’Etoile à Paris. Ce fut là où, auprès des primats d’une frange des évêchés russes de la diaspora — les Métropolites Euloge (Georgievskij) puis Vladimir (Tihonickij) et de l’Archevêque Georges (Tarasov) — Pëtr Evgrafovič forma trois générations d’acolytes, de lecteurs, de sous-diacres, et même de diacres et de prêtres qui apprirent de lui nombre d’usages liturgiques. Il leur transmit les coutumes pratiquées auprès du siège patriarcal de Moscou et dans les grandes cathédrales à l’époque du Patriarche Tikhon.

Arrivé à Paris au début des années 1920, Pëtr Evgrafovič a commencé à enseigner à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint Serge peu après en avoir reçu le diplôme de “candidat”, diplôme sanctionnant cinq ans d’études universitaires comme cela se fait encore en Russie de nos jours et, jusqu’aux réformes de ces dernières décennies, comme en Allemagne ou en Italie. “Retenir auprès de la chaire” un lauréat, c’est-à-dire l’inviter à rejoindre la faculté dans un établissement comme Saint Serge où avait trouvé refuge une partie de l’élite de l’intelligentsia russe (Boulgakov, Kartašëv, Florovskij…) était un acte important de reconnaissance du talent du jeune étudiant.

Ensuite, Pëtr Evgrafovič soutint une thèse de doctorat de troisième cycle qui fut publiée à Paris en 1925 par les Presses Universitaires de France sous le titre N.S.Leskov, peintre méconnu de la vie nationale russe. Au cours du demi-siècle qui suivit, il publia un nombre si important d’articles et de monographies qu’il fallut un livre entier pour en dresser la bibliographie. Son Histoire de la Russie et de l’URSS, était un manuel de référence qu’on imposait encore au milieu des années 1970 aux étudiants slavisants du Grand Palais (où se déroulaient alors les cours de l’UER de russe de l’Université de Paris IV).

Après 1945, Pëtr Evgrafovič allait passer de longues années à enseigner l’histoire de l’Eglise à l’Institut Saint Denis, concurrent de Saint Serge, où se distinguèrent également ses jeunes frères Maxime et Evgraf et Vladmir Lossky.

N’ayant jamais obtenu de doctorat d’état ni d’agrégation, Pëtr Evgrafovič, n’a pu être reconnu que par un nombre restreint de ses pairs. Il faut reconnaître qu’en tant qu’historien, ses travaux étaient facilement éclipsés par ceux de contemporains comme Braudel ou d’autres géants de l’école des Annales. Il sera vite oublié après qu’un Alain Besançon ou une Hélène Carrère d’Encausse, ou encore un Marc Ferro, star des documentaires, devinrent les grands noms de l’histoire de la Russie en France. Pëtr Evgrafovič aurait du connaître ses quinze minutes de célébrité un soir de 1974, lorsqu’il fut invité à un de ces fameux débats au cours de l’émission « Les dossiers de l’écran ». A peine Alain Jerôme vient-il de présenter Pierre Kovalevsky en direct, que tombe la nouvelle de la mort de Georges Pompidou et que la régie doit rendre l’antenne. On reprendra le débat quelques années plus tard, mais cette fois, sans Pëtr Evgrafovič, trop fragile et prématurément vieilli.

Si Pëtr Evgrafovič n’a pu devenir un mandarin des universités c’est que sa qualité principale le desservait : il était avant tout un excellent vulgarisateur. Les jeunes qui l’ont connu, comme ceux qui ont été dirigés par lui en tant qu’acolytes auprès de la cathédrale russe (dans une ambiance toujours agitée et peu protocolaire) ou comme nous par exemple qui l’avions pour professeur dans des cours privés de préparation aux études de slavistique (qui nous amusaient par d’inénarrables digressions hors-sujet et un plan de cours complètement éclaté — ce qu’on retrouvait d’ailleurs chez le grand Pierre Chaunu à la Sorbonne), malgré son style extrêmement brouillon qui en faisait un personnage comique, se souviendront avant tout de trois de ses qualités : sa mémoire et l’étendue de ses connaissances (« une encyclopédie vivante » était ce qu’on entendait le plus souvent à so propos), l’intérêt ou au moins la curiosité que Pëtr Evgrafovič pouvait éveiller chez les jeunes envers l’histoire russe et enfin, sa gentillesse et la joie qu’il avait à rencontrer des jeunes (« Здравствуйте ! Здравствуйте ! Привет ! Привет ! » — « Bonjour ! Bonjour ! Salutations ! Salutations ! » nous lançait-il toujours plein de joie de vivre, lorsque nous rentrions en salle de classe). Mon père me présenta à lui en 1967; nous le revîmes le lendemain et il m’offrit son Atlas culturel et historique de la Russie et du Monde Slave. Sans ce cadeau et les longues heures que j’allais passer à en feuilleter les pages, je ne sais si j’aurais trouvé ma vocation universitaire.

Quelle que soit la critique que l’on peut faire de ses ouvrages — vulgarisateurs, écrits par quelqu’un qui n’avait pas de réelle formation d’historien — il nous laisse un chef d’œuvre à ce jour inégalé, c’est son histoire de la diaspora russe : Зарубежная Россия: История и культурно-просветительная работа русского зарубежья за полвека (1920—1970), Paris: Librairie des cinq continents, 1971 suivi d’un volume complémentaire (Зарубежная Россия: Дополнительный выпуск, Paris: Librairie des cinq continents, 1973.

Pour ce seul ouvrage, Pëtr Evgrafovič mérite l’hommage qui lui sera rendu ce Jeudi 17 Mai.

Oleg Kobtzeff, Ph.D., F.R.G.S.
Associate Professor American University of Paris,
Founding publisher, Nature & Cultures, online geographic magazine
work: 147 Rue de Grenelle, 75007, Paris
+33-6 20 93 05 86
website: http://olegkobtzeff.blogspot.fr/

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